Rencontre du troisième type.
Ce type est un véritable cauchemar.
Il nous pourrit la vie au quotidien, fait vaciller la foi pourtant prétendument inébranlable que nous autres saltimbanques plaçons dans nos beaux métiers, et met dangereusement en péril notre santé mentale.
J'ai nommé : le comédien insupportable.
Certains d'entre nous, les bienheureux, ne l'ont pas encore croisé, ne le rencontreront peut-être jamais, et à ceux-là je n'ai qu'un conseil à donner : jouer à la loterie. Car c'est bien là la preuve que leur postérieur est bordé de nouilles et qu'ils ont une chance de devenir millionnaires sans lever le petit doigt, ou alors juste un peu, pour cocher le numéro complémentaire.
Pauvre de moi, j'y fus confrontée. Et j'ai bien cru perdre la raison. Si, comme le disait fort pessimistement feu August Strindberg, "la Terre est une colonie pénitentiaire où nous avons à subir la peine des crimes commis dans une existence antérieure", j'ai du être bien vilaine dans ma vie précédente. Une ogresse peut-être, un bouilleur d'enfants, que sais-je ? Une journaliste du Figaro ! L'odieuse créature... Quels qu'aient été mes méfaits passés, le troisième type me les a rendus au centuple.
J'aurais du me méfier.
De prime abord, l'animal semblait pourtant inoffensif. Une physionomie joviale de bon père de famille, le sourire facile, une propension innée à faire marrer la galerie, le genre de personnage qui met de l'ambiance dans les noces et autres banquets. Certes, il arrive à ces joyeux drilles dont il semblait être de finir la soirée leurs braies sur la tête lorsqu'ils ont taquiné de trop près une amphore traîtresse (et je ne fais pas ici allusion à leurs épouses), mais ils sont la plupart du temps si désopilants qu'on leur pardonne leurs petits écarts, en leur réclamant à cor et à cri de nous narrer à nouveau la blague du lansquenet. Mais si, c'est un lansquenet qui repeint son plafond, et là un hallebardier passe et lui dit "accroche-toi à la flamberge, je retire le gonfanon". Non ? Je la trouve pourtant tordante.
Bref.
J'avais donc la lourde charge de veiller à l'habillement, et, partant, au bien-être de trois comédiens, trois rôles importants dans un spectacle ambitieux, ce dont je n'étais pas peu fière. En effet, souventes fois, plus l'on prend de bouteille dans le métier (foin de considérations éthyliques, paltoquets ! Je parle céans d'expérience, de galon, de XP dirais-je même, pour les plus geeks d'entre vous), plus l'on monte dans la hiérarchie du lavage de chaussettes. Aux débutantes la loge anarchique, brouillonne et joyeuse des danseurs, aux confirmées les dignes étoiles du théâtre privé. Ces messieurs-dames étant coutumiers d'une certaine considération, on leur attribue généralement une nounou, euh, une habilleuse chevronnée pour leur repriser leurs rutilants habits de lumière. Et au commencement, rien ne laissait présager le calvaire que j'allais endurer. La première de mes trois ouailles me semblait bien un peu pontifiante, mais s'agissant d'un gentilhomme d'un certain âge, pour ne pas dire d'un âge certain, j'en avais pris mon parti en hochant la tête d'un air entendu à chaque fois que ledit gentilhomme m'expliquait par le menu comment je devais faire mon travail.
La patience, vertu cardinale s'il en est.
La seconde de mes trois ouailles (pas facile à dire plusieurs fois très très vite ça, "mes trois ouailles", essayez un peu pour voir, ça vous occupera, tas de freluquets), rien à dire, un amour. La gentillesse incarnée, la délicatesse faite homme, un sourire charmeur lui valant autant de succès chez un sexe que chez l'autre, ce dont il ne se privait pas de jouer subtilement, mais sans jamais blesser personne, en un mot comme en cent le genre d'artiste pour qui on se fait un plaisir d'écourter la pause-repas un jour où on a deux représentations consécutives, un sèche-linge en panne, une grève des trains, et en plus il pleut et Grüdü a fini le café et oublié d'en racheter. Mais le délicieux jouvenceau a perdu un bouton et c'est de bonne grâce qu'on le lui recoud en l'écoutant conter ses aventures.
La troisième ne me donnait pourtant pas de fil à retordre au début, mais...
(trois, quatre)
...ça, c'était avant le drame bien entendu.
Car j'ai commis l'irréparable.
J'ai dit "non".
Et je serais bien en peine de me souvenir à quoi. Rien de bien outrecuidant pourtant, peut-être l'attribution d'une cinquième paire de chaussettes alors que c'était quatre-par-personne-et-pas-plus, ou peut-être ai-je eu l'audace de refuser de laver des effets personnels sans aucun rapport avec le spectacle ou de lui amener son linge propre à 19 h 02 au lieu de 18 h 59.
Toujours est-il que l'énergumène a décidé de m'en vouloir personnellement. Il a commencé par bouder comme un enfançon. La porte de sa loge restant obstinément close, je devais frapper et attendre qu'il daigne me répondre pour entrer lui déposer son linge quotidien. Comme de bien entendu, il se faisait régulièrement prier, pour mieux me reprocher de venir trop tard lorsque je poireautais dans le couloir à attendre désespérément un revêche "ouais, c'est pour quoi ?!?". A ton avis, connaud ? Qui que c'est-y que ça peut bien être ? A 18 h 59 ? C'est le facteur ? C'est pour le calendrier ? C'est le plombier ? C'est la chenille qui redémarre ? C'est, c'est, c'est, Célimène ?
(on s'égare)

J'en ai pris mon parti. Dès le signal donné, j'entrais dans la loge, et, affichant ma plus étincelante physionomie de porte de prison, déposais le linge sur la tablette en l'accompagnant d'un poli mais glacial "bonjour, Fulbert" n'appelant aucune réponse. Fulbert aurait sans nul doute préféré que je m'effondre de dépit et le supplie de me laisser laver ses slips sales à la main, hélas j'en ai comme qui dirait vu d'autres. Et comme y a pas écrit "bonniche" et que c'est pas aux vieilles guenons qu'on apprend à lacer les corsets, j'ai continué de faire mon taf, mais pas plus.
Fulbert est donc passé à la vitesse supérieure. Non seulement Monsieur est devenu muet, mais il ne s'abaissait même plus à me regarder. Pensez donc, il aurait risqué de pleurer des larmes de sang. Faisant semblant de rien, je continuais imperturbablement à lui déposer ses chaussettes propres à l'emplacement idoine, accompagnées de mon fameux "bonjour, Fulbert". Les petites indélicatesses journalières se sont mises à pleuvoir, Fulbert se promenait en sous-vêtements sans la moindre gêne en me lançant des regards assassins, Fulbert parlait au téléphone en faisant mine de ne pas me voir, Fulbert est même allé jusqu'à me péter dessus un jour où son inspiration était à son apogée. Nous en fûmes quittes pour un questionnement ingénu mais à voix haute sur l'entretien des canalisations du théâtre. Des rapports professionnels pour le moins idylliques.
J'étais furieuse, j'étais découragée, j'allais travailler à reculons et j'en revenais en fulminant, à tel point que mon Grüdü a fini par me demander si je voulais qu'il vienne "le secouer un peu un de ces quatre à la sortie". Il est comme ça mon Grüdü, faut pas faire chier sa femme. J'ai fantasmé la scène, le sourire aux lèvres, et poliment décliné la proposition. Il a quand même un peu montré les dents lors d'une soirée chez un collègue technicien ; l'accalmie a duré en tout et pour tout une semaine. C'était toujours ça de pris mais une semaine, ça reste tout de même bien court.
Parallèlement, Fulbert avait réussi à se mettre à dos neuf dixièmes de l'équipe. De petites piques mesquines en réflexions franchement agressives, d'exigences totalement démesurées en refus d'accepter les contraintes liées aux aléas du spectacle vivant, il s'était fait cordialement détester de la plupart des techniciens ; quant à ses partenaires de jeu certains n'en pouvaient mais. Un beau soir, il a réussi en une seule remarque totalement déplacée à faire pleurer la jeune première de service juste avant son passage chanté le plus important ; le lendemain il se faisait sèchement rembarrer par une chanteuse à qui il tentait d'enseigner les rudiments de la comédie, selon lui naturellement, quand bien même elle ne lui avait rien demandé et qu'elle ne l'avait pas attendu pour prendre des cours de théâtre. Tout à sa rancoeur, Fulbert s'isolait de plus en plus, et même en s'isolant, il réussissait quand même à importuner le plus de monde possible. En effet, il avait pris l'habitude de faire des petits sommes réparateurs au lieu de souffrir de parler à ses collègues de travail lorsqu'il n'était pas sur scène ; mais au lieu de s'installer confortablement dans sa loge ou sur un siège installé à cet effet, le triste sire s'allongeait tout bonnement à même le sol, au beau milieu du passage, et ce de préférence dans le noir le plus total. Que celui ou celle qui n'a jamais chu sur un plateau de spectacle en faisant un raffut de tous les diables parce qu'il ou elle s'était pris les pieds dans un morse échoué me jette la première pierre.

J'ai passé un temps fou à endurer Fulbert tous les soirs, au prix d'un stress quotidien, à même finir par me demander si je n'avais pas définitivement atteint le point de non-retour au-delà duquel je devrais changer de métier pour me lancer dans une carrière de tueuse en série de comédiens. Ce fut une maigre consolation, mais une consolation tout de même, de m'apercevoir que j'étais loin d'être la seule à compter les jours me rapprochant inexorablement du moment où sa face de carême disparaîtrait du paysage.
Lorsque ce moment tant attendu arriva enfin, nous poussâmes presque tous un ouf de soulagement. Enfin débarrassés de cet odieux personnage, l'avenir s'annonçait radieux. Lors de la traditionnelle soirée de dernière, Fulbert se joignit aux fêtards qui, magnanimes, se dirent que fini pour fini, autant boire la coupe jusqu'à la lie.
Eh bien croyez-le ou non, ce soir-là, Fulbert s'est saoulé comme un cochon, et rond comme une queue de pelle, a servi à ses voisins de tablée un long monologue sur tous les merveilleux moments que nous avions passés tous ensemble, telle la chouette bande de copains que nous étions, hein les gars ? Caricatural jusqu'au bout, il est allé jusqu'à verser sa petite larme de nostalgie en distribuant des bises à qui mieux mieux. Le troisième type, dont la rencontre m'avait valu tant de cheveux blancs et de grincements de dents, pleurait de voir finir un spectacle au cours duquel il avait été constamment imbuvable. Les bras m'en sont tombés.
Alors de deux choses l'une : soit le troisième type est aveugle, sourd, inconscient et pour tout dire complètement fou. Soit Madame Fulbert est encore plus infecte que son mari, et la perspective de se retrouver à nouveau en son logis, confronté à cette possible gorgone, l'a plongé dans des abîmes de désespoir tels qu'il s'est mis à regretter du jour au lendemain des gens qu'il avait traités du début à la fin comme les derniers des pédoncules.
Si ma seconde hypothèse est la bonne, il faut croire que Strindberg s'est trompé : c'est dans cette vie que Fulbert paye le prix de ses forfaitures.
Bien fait !
Et glou, et glou, et glou...

"Voici le bon grain. Le manger est à la portée de tous les imbéciles, mais notre Seigneur, dans sa divine sagesse, a prévu une meilleure façon de le consommer. Elevons une prière de remerciement à notre Créateur qui, dans sa bonté céleste, nous a donné...
La bière."
Une amphore de cervoise à la salsepareille à celui ou celle qui retrouvera l'origine de ces sages paroles...
Et une lumineuse année 2012 à vous tous. Que l'année qui vient exauce vos rêves ou vous donne la sagesse d'y renoncer, oui, une paire de Louboutins en pointure 38 peut tout à fait s'inscrire dans la seconde catégorie. Aventures, péripéties et rebondissements, sauf pour les plus quiets d'entre vous, à qui je ne souhaite que davantage de quiétude.
Houdelaaali !
Une nouvelle amie.
Houdelali, mes trois lecteurs et demi ! Grâce à la magie d'Internet, il est à présent simple comme bonjour d'entrer en contact avec tout un chacun et le premier venu, voire le deuxième ou le troisième, fût-il sourd, muet, moldave ou amputé des deux jambes et de la moitié d'un bras (en voilà au moins un que son pied bot ne fera pas glisser dans un étang gelé pendant que sa dulcinée se fait dévorer par les loups).
J'ai par conséquent le plaisir, l'honneur et l'avantage de vous présenter une bien généreuse personne, j'ai nommé Madame Catherine Laroche. Ladite Catherine Laroche m'a écrit ce jour, et la sainte femme, que je ne connais pourtant ni d'Eve ni d'Adam, se propose par pure charité de me faire profiter de sa fortune alors qu'elle se tord certainement déjà de douleur à longueur de journée, en proie aux affres de l'agonie. Faut-il qu'elle soit exquise.
Jugez plutôt.
Ce matin, un lapin a tué un chasseur. "Bien fait pour sa gueule, à ce gros enfoiré !", me suis-je écriée, toute guillerette, avant de me rendormir paisiblement. Quelques instants plus tard, vers 14 h 30 du matin (oui bon, j'exagère un peu, n'avez-vous jamais, mes trois lecteurs et demi, ouï parler de la licence poétique ?), mes yeux se rouvrent obstinément, et je réalise que cette année encore, pour l'hibernation c'est râpé. "Diantre !" m'exclame-je "Ces fifrelins de plantigrades ont bien l'arrière-train bordé de nouilles, il fait tellement sombre qu'il m'est impossible de savoir l'heure qu'il est, le déluge continue à qui mieux mieux et me voilà dans l'obligation de me lever pendant qu'eux ont la permission du Créateur pour ronquer comme des bienheureux jusqu'au mois de mars. Monde de merde !" Et je finis par m'extraire de ma couche, l'oeil encore mi-clos et la frange rebelle.
Malgré l'ingestion de cent cinquante-huit tasses de café, je ne suis pas assez rapide pour empêcher ce traître de Grüdü de dérober sous mes yeux ébahis une de mes tartines, laquelle tartine, la perverse, lui échappe des mains et choit violemment, répandant ainsi beurre salé et marmelade de rhubarbe à même le sol. Ce n'est pas perdu pour tout le monde puisque mon Chat Potté accourt prestement en piaulant tout son soûl et se repaît goulûment des restes de cette douloureuse mésaventure.
La lassitude m'étreint déjà, et un petit quelque chose me dit que cette journée ne va pas être productive-productive.
Je décide pour me remettre du décès de ma tartine de flâner de-ci de-là sur Internet, j'ouvre ma boîte mail, et là, trônant en bonne place entre de mystérieux correspondants me proposant d'enlarger my penis (mystérieux mais mal renseignés, il faudra tout de même qu'un jour je les détrompe au sujet de ce fâcheux malentendu) et divers marchands du Temple pourvoyeurs de fournitures de bureau à prix cassé (s'ils faisaient un peu plus attention aussi, leur mère ne leur a jamais dit qu'il faut faire doucement quand on manipule des objets fragiles ?)... La chance de ma vie.
Madame Catherine Laroche.
Voici dans sa substantifique moëlle la poignante missive que m'adresse cette délicieuse créature.
Je me nomme Mme CATHERINE LAROCHE
Bon, ça commence bien, ça sonne français, en ces tristes temps de débâcle politique généralisée c'est un plus ma petite Catherine.
je suis mariée à Mr CARLOS McCallum
Ah flûte, ça se gâte, elle a épousé un étranger. Carlos, c'est soit un chanteur habillé en dépit du bon sens, soit un terroriste, choisis ton camp, camarade. Mais pourquoi ne porte-t-elle pas le nom de son mari, la grue ? Encore une féministe enragée qui nous la joue indépendante. Poursuivons.
de nationalité Canadienne
Tout s'arrange. Fallait le dire tout de suite. Tabernacle.
ingénieur consultant en république du Bénin pendant neuf ans décédé suite à une brève maladie
Ouf, ça fait long comme intitulé de poste. C'est un métier, ça, décédé ? A moins que le pauvre homme ne soit en effet ad patres, emporté en quelques jours, le malheureux, par une gastro-entérite foudroyante. Ou par la peste bubonique, le chancre mou, que sais-je, le rhume de fesses ? En tous cas, rien de bénin, huhuhu, hem. Pardon Catherine.
J'envisage de faire une donation des biens de mon mari
Alors ça c'est tout de même un peu imprudent ma petite Cathy, tu permets que je t'appelle Cathy? As-tu pensé à ta subsistance, as-tu toi-même un métier, un revenu, as-tu demandé un décompte de tes points retraite ? Ne mets pas la charrue avant les boeufs, voyons !
car je suis malade et mon docteur m’a dit que je ne survivrais pas au bout des trois prochaines semaines à venir
Saperlipopette, ça c'est moche. On croit avoir touché le fond et bim ! Il s'avère que la peste bubonique et le rhume de fesses sont sexuellement transmissibles. Ma pauvre Cathy, tu tombes de Charybde en Scylla et ton docteur ne m'a pas l'air de vouloir te cacher la triste vérité. C'est tout à son honneur.
Il dispose de 1.025.000$ USD qu’il avait gardé pour un projet
Qui, le docteur ? Il va pas faire un peu la gueule si tu lui ruines son projet ? C'était quoi, une léproserie ? Une mine de diamants ? Un bordel ? Mais trêve de conjectures, je sens bien, ma Cathy, que l'imminence de la mort te pousse à laisser libre cours à tous tes rêves les plus fous, comme par exemple pourrir la vie de ton médecin de famille en faisant don de toute sa fortune à une petite saltimbanque choisie au hasard.
Je serai grée de vous donner cet argent qui pourra vous aider dans vos projet
Tu serais grée ? Tu veux dire gréée ? Cathy, ôte-moi d'un doute... tu es en réalité un voilier ? Alors ça par exemple, me voilà en train de tailler le bout de gras avec un moyen de transport maritime. La vie est pour le moins surprenante.
je vous prie d'accepter cela car c'est un don que je vous fait et cela sans rien demander en retour
C'est trop de bonheur, ma Cathy. Juste au moment où je suis au chômage. Si j'osais... ah, si j'osais... oh et puis baste, au Diable la pudeur. Me permets-tu de t'appeler Tata ?
Contactez-moi dès que possible si vous êtes d'accord pour mon offre tout en me laissant vos coordonnées.
Mme LAROCHE Catherine
Mais bien sûr, Tata Cathy, que je suis d'accord. Grüdü va enfin avoir une Aston Martin et un costume de chez Brioni, quant au Chat Potté il pourra aller faire ses besoins dans une litière en or massif, autonettoyante et de la taille d'une boîte de nuit, et c'est à toi que nous devrons cette opulence, Tata Cathy.
Alors j'ai saisi ma plus belle plume d'oie, mon encrier fétiche et le parchemin le plus fin de mon stock de papier à lettres, j'ai noté mes coordonnées au complet sur un vélin parfumé à la violette et je l'ai glissé dans une enveloppe libellée à l'adresse de "Tata Cathy, 1.025.000 rue du Docteur Pas Content, Bénin". Je suis en route pour la fortune, mes amis.
Une nuit en Enfer.
En ce bas monde, il se produit parfois des évènements peu communs. Un dinosaure pète et c'est la fin d'une ère ; les bonnes gens rangent Rihanna et Loana dans la catégorie "artiste" ; de révoltants personnages accèdent à mon blog en cherchant sur Google "caca mou" et "nain policier"... que sais-je encore ? La liste est longue. Mais rien ne m'avait préparée à la surprise de taille que m'a réservée mon Grüdü pas plus tard que la semaine dernière.
Jugez plutôt.
Un beau soir, mon chevalier au nez cabossé par diverses algarades entre seigneurs rivaux rentre d'une rude journée de labeur et m'assène tout de go cette terrible sentence :
"Chérie, ça te dit de sortir sur Paris demain soir ?"
Je m'évanouis sur-le-champ.
Il faut savoir qu'en règle générale, lui et moi, c'est un peu la carpe mondaine et le lapin pantouflard. J'adore sortir et voir du monde, pour lui rien de tel qu'une soirée en tête-à-tête, et nous maintenons un certain équilibre en faisant diverses concessions, chacun son tour. Je renonce de temps à autres à honorer une invitation à pendre la crémaillère chez des transsexuels unijambistes dans un abattoir désaffecté, lui se force de temps à autres à me suivre dans des maisons de perdition peuplées de cascadeurs et de comédiens. Et puis y a des fois, on peut s'arranger.
La preuve.
Lorsque je reprends mes esprits, mon preux chevalier m'explique que quelques-uns de ses collègues, les plus sympathiques, à savoir pas ceux qui lui avaient suggéré de m'emmener dans de douteux lieux de débauche, ont décidé de se livrer à une petite virée en bonne compagnie, consistant à boire quelques chopines dans des tavernes de bon aloi, pour ainsi dire une petite soirée conviviale et bon enfant, chacun étant accompagné de sa chacune sans aucune obligation de la prêter aux copains (suivez mon regard). J'accepte donc bien volontiers et me prépare gaiement à ladite sortie, revêtant mes plus beaux atours et sortant pour l'occasion des heuses lacées du plus bel effet.
A l'heure dite, nous nous retrouvons à la porte du château et nous installons confortablement dans le rutilant carrosse conduit par un jeune voisin et néanmoins ami, par ailleurs collègue de travail de mon Grüdü, dont la patience et le calme n'ont d'égale que la sobriété, et sous la houlette de qui nous nous sentons parfaitement en sécurité. La caravane s'ébranle, un autre véhicule nous suit, et un coup de téléphone à l'organisateur de la soirée nous informe sur l'adresse exacte de la taverne où les festivités commencent. Nous roulons à vive allure vers une porte de Lutèce, dans laquelle nous nous engouffrons, et les embûches commencent. Il est déjà tard, les ouvriers de la route ont pris leur service, et là, c'est le drame, le périph est fermé. Qu'à cela ne tienne, nous prenons notre mal en patience et devisons gaiement en observant les autres conducteurs et les commerces que nous longeons. Deux pouffes à peine pubères se trémoussent dans une voiture, prenant des poses étudiées qui respirent le naturel et la joie de vivre, dans le fol espoir d'apparaître dans le catalogue Jenyfer.
Un jeune éphèbe aux pieds nus sort en courant d'un restaurant, poursuivi par un bedonnant tenancier, lequel ne semble que peu apprécier le défaut de paiement. Il semble toutefois se rasséréner lorsque le jeune homme rebrousse chemin, sans nul doute bien embêté de repartir sans ses souliers.
D'encapuchonnés paltoquets regardent passer les voitures d'un oeil torve ; des camionnettes sorties de nulle part s'insèrent sans crier gare dans un trafic déjà bien surchargé ; les portables sonnent les uns après les autres ; et finalement, on rigole bien.
Nous finissons par arriver sans encombre mais avec une bonne quarantaine de minutes de retard, manquons nous garer sur une place réservée à la Police Nationale, et tournons quelque temps à pied pour trouver cette foutue rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, au bout de laquelle nous reconnaissons le visage hilare de notre amphitryon, prêt à nous faire vivre une nuit de folie.
Nous commençons par nous rendre dans un estaminet dont il connaît manifestement le physionomiste.
http://www.freedj.fr/tag.php?Id=WCM
Le personnage en question, un grand costaud au crâne rasé, nous prévient avant d'entrer que le lieu est fréquenté en grande majorité par une clientèle homosexuelle, ce qui personnellement ne me surprend guère, vu le quartier de Lutèce dans lequel nous nous trouvons, et ne me fait ni chaud ni froid, familière que je suis de la communauté gay (faut-il le rappeler, moult costumiers, danseurs et autres coiffeurs sont bougres, comment, des jeunes gens si charmants, si propres sur eux ? Hé oui Madame Michu, je sais, c'est dur à encaisser.). Inutile de vous préciser, mes trois lecteurs et demi, que nous faisons sensation : trois couples hétéro, dont une femme enceinte jusqu'aux yeux, sans compter notre organisateur et un dernier larron, dont le crâne rasé, la carrure impressionnante et le T-shirt blanc moulant me rappellent furieusement quelqu'un.
Tous nos hommes étant grands et sportifs, sauf notre petit chauffeur qui incarne quant à lui un type de beauté plus délicate, ils suscitent des regards admiratifs et quelques sifflets parfaitement assumés, ce qui nous amuse énormément. Nous rigolons bien au-dessus de nos cocktails, lorsque les hommes décident de descendre voir ce qui se passe dans la salle du sous-sol, selon les dires même du serveur "réservée aux mecs". "Faites donc, mes chéris, vous nous raconterez", leur disons-nous, et les voilà partis. Dix minutes plus tard, j'ai sifflé un délicieux mojito et papoté grossesse avec ma nouvelle copine, lorsque mon Grüdü revient.
"Ben dis donc mon chéri, t'es revenu vite, c'était pas bien en bas ?" m'enquiers-je, l'air de rien.
"Ah ben comment te dire..." me répond-il "En bas de l'escalier, y a un petit barbu qui m'a dévoré des yeux en faisant grrrrr, et puis après y en a un autre qui s'est frotté à moi comme un ours sur un tronc d'arbre, et puis je me suis dit que ça me suffirait comme expérience homosexuelle, alors je suis remonté."
Je ris sous cape et sirote les dernières gouttes de mon verre. Nous restons encore quelques instants, car l'atmosphère est sympathique, la musique à un volume sonore acceptable, la clientèle agréable, aucun séducteur de fête foraine à l'horizon en ce qui nous concerne, et beaucoup de clins d'oeil appuyés sont acceptés de bonne grâce par nos hommes, lesquels se révèlent être bien plus tolérants qu'un bon paquet d'hétéros de ma connaissance.
Lorsque nous prenons congé, nous croisons un petit blondinet moulé dans un T-shirt bleu qui lui aussi me rappelle furieusement quelqu'un.
Il commence par faire de l'oeil à Grüdü, puis, s'apercevant de sa méprise, me sourit aimablement avec une petite caresse sur l'épaule, à mi-chemin entre "ben toi ma cocotte alors, tu t'emmerdes pas" et "n'y voyez rien de personnel, tout le monde peut se tromper". Il nous envoie baiser sur baiser, je continue de bien rigoler et nous finissons par sortir.
Enfin ça, c'était avant le drame, bien entendu.
Car notre accompagnateur s'est mis en tête ensuite de nous entraîner dans un bien déplorable établissement. Je vous laisse juger.
http://www.barforcrazynight.com/latin_corner
Déjà, l'entrée, d'une classe absolue. Lorsque l'on mesure plus d'un mètre cinquante, l'on doit se frayer un chemin en écartant de son visage les divers soutien-gorges suspendus au plafond à la va-comme-je-te-pousse. On se croirait au Bois de Boulogne. Ca fait rêver. On entre, et on est agressé par la "musique", oui, j'utilise des guillemets, en prenant les guillemets avec des pincettes et les pincettes avec des gants. Rihanna hurle à 180 décibels une de ses chansons à texte, celle dont le refrain dit "na-na-na-naaa", à moins que ce soit celle qui fait "rom-pom-pom-pom", je ne sais plus, on s'y perd toujours un peu avec les auteurs engagés. La carte propose divers cocktails aux noms douteux, le nain blême qui l'a commise trouvant manifestement impayable de placer le mot "sperme" le plus souvent possible. C'est sans mentionner le stroboscope épileptique, lequel te fait pleurer au bout de trente secondes, ce qui n'est pas forcément plus mal finalement, dans la mesure où les serveurs se trimballent en slip.
Oui, en slip.
Avec une inscription "touch me" sur les fesses.
Et un sac-banane pour la monnaie, ben oui, j'imagine que c'était ça ou la ranger dans leur postérieur.
La classe intersidérale.
Ils ne sont ni particulièrement avenants si spécialement sublimes, mais qu'importe ! Tels de fiers chasseurs, ils prennent des poses se voulant à la fois viriles et lascives pour te demander "et pour vous ce sera quoi ?" Pour moi tu te rhabilleras prestement, jeune effronté, tu me feras 500 pompes et un tour chez le coiffeur. L'effronté revient quelques minutes plus tard et t'annonce fièrement "alors j'ai deux GangBang et un Sex over the Garbage, c'est pour qui ?"
Grotesque.
Tout être doué de raison, arrivé à un tel stade, serait en droit de se poser une question existentielle, à savoir "Mais qu'est-ce que j'fous là ?", avant que de se munir d'un briquet et d'un bidon d'essence. Mais le pire est encore à venir.
L'infâme gargote étant peuplée presque exclusivement de dindes esseulées, fortement alcoolisées et prêtes à se mettre à hurler comme des hystériques à la moindre occasion, les serveurs, qui se prétendent également danseurs (l'Opéra de Paris les attend impatiemment), fourguent moyennant finances des danses privées, consistant principalement à mimer divers actes sexuels sur la personne de la cliente qui en fait la demande. Faut vraiment qu'elles aient la dalle, les pauvrettes. Mais la prestation est très demandée, et l'un d'entre eux se livre allègrement à la pitrerie. Pomponneau de la pomponnette, ladite cliente ira jusqu'à lui baisser son slip au niveau des fesses, gardant tout de même son zigouigoui à l'abri. Et le fringant athlète, la danse terminée, de regagner le bar le cul à l'air, se sentant probablement très séduisant, avec un je-ne-sais-quoi d'Aldo Maccione qui viendrait de se prendre une bonne fessée.
Irrésistible.
Le calvaire a pris fin vers deux heures du matin, lorsque l'horaire de fermeture a imposé de rallumer les lumières. Bonjour, poils du dos qui se battent en duel ! Bonjour, abdominaux approximatifs ! Bonjour, trogne rougeaude et hagarde de la cliente qui a bien du claquer deux cents euros en PipeDuJour et autre SpermeDeNain ! Visions séduisantes s'il en est.
Notre type en slip à nous a encaissé les consommations, non sans nous préciser que s'il était si bon en calcul mental c'est qu'il avait un Bac S. Comme ta maman doit être fière de toi, mon garçon. Il a répondu sur un ton limite désagréable à la copine enceinte, pensant sans nul doute incarner l'autorité virile dans toute sa splendeur, avec son slip et ses chaussettes (rien ne nous aura été épargné). Le mari de la copine enceinte s'est levé en serrant les poings, et mon Grüdü a suggéré avec beaucoup d'à-propos que nous prenions un peu l'air, que ça ferait du bien à tout le monde.
Une folle nuit en vérité.
Nous nous sommes séparés en nous faisant des bisous entre gens de bonne compagnie, et je crois que l'initiateur de la soirée s'est bien amusé, ce qui est quand même le principal.
J'espère juste que la prochaine fois on sortira dans un endroit où les gens seront habillés et aimables. Ou dans un bar gay, parce qu'en fin de compte, c'est beaucoup plus sympa.
Réponses bêtes à des questions idiotes.
Après une longue et éprouvante période de vaches maigres, me revoilà au charbon. Le labeur m'appelle, en l'incarnation d'un lieu de divertissement peuplé d'affables druides et de sangliers facétieux. Nouveau lieu de travail, nouvelles aventures, et surtout nouvelles personnalités truculentes et bigarrées. Du cascadeur jovial au régisseur flegmatique, tout un chacun oeuvre au bon fonctionnement des combats de gladiateurs et des déambulations de légionnaires afin que petits et grands s'esbaudissent tant et plus et regagnenet leurs pénates en louant Toutatis et Belisama, ce qui n'est pas pour le déplaire, femelle impie que je suis.
Pour ma part, j'ai la charge d'un groupe hétéroclite de jeunes saisonniers que je materne de mon mieux, alternant remontrances disciplinaires et félicitations d'avoir passé un coup de balai dans la loge pour faciliter la vie des femmes de ménage. Forte de l'autorité que me confère ma dizaine de printemps de plus qu'eux, j'en rajoute un peu lorsque le besoin s'en fait sentir et ma foi, tout cela roule à merveille. J'ai tant et si bien serré la vis à ces turbulents éphèbes et piquantes gisquettes que mon régulier m'a affublée du délicat sobriquet de "ma radasse d'amour". C'est vous dire.
Mes petits protégés sont pour l'instant au nombre de sept, comme les sept nains, les sept mers ou les sept doigts de la main. ("Pardon ?" Très bien, ça suit là-bas au fond.) J'ai avec certains des affinités particulières, pour d'autres une affection attendrie, et nous partagions notre chaumière en bonne intelligence jusqu'au jour où l'un d'entre eux, appelons-le Jean-Gustave, s'est fendu d'une déclaration particulièrement inepte.
Prenons quelques instants pour brosser le décor. Jean-Gustave, la vingtaine, grand Black issu d'une banlieue dite défavorisée, pas méchant pour deux ronds mais un tantinet long à la détente, c'est le moins qu'on puisse dire. Engoncé dans un costume ovoïde et fort seyant, seul son visage réjoui dépassant encore, ledit Jean-Gustave me gratifie tout à fait hors de propos d'un tonitruant "ouais ben moi j'suis homophobe".
Hum. Que dire, que faire, quoi penser, quelle attitude adopter face à la désarmante candeur avec laquelle ce grand dépendeur d'andouilles m'annonce sans ambages son rejet de la bougrerie ? Encore un qui a trop écouté les petits cuistres vérolés tristement célèbres sous le douteux patronyme de Sexion d'Assaut. Ayant d'ores et déjà un peu cerné l'énergumène, je sais la réflexion plus bête que méchante. Mais quand même. Sauf que néanmoins toutefois. Parce que n'est-ce pas, bien sûr.
Oh pis merde.
"Ouais, ben c'est pas bien." lui rétorqué-je d'un ton glacial.
Abasourdi, Jean-Gustave se tient coi. Le damoiseau n'est semble-t-il guère coutumier de la contradiction frontale. Au terme d'une dizaine de minutes de silence (c'est toujours ça de pris), il questionne d'une toute petite voix : "Euh, Madame, pourquoi c'est pas bien d'être homophobe ?"
Ciel, une amorce de réflexion. Tout n'est pas perdu. C'est le moment de faire un peu de pédagogie. Je m'assieds à côté de lui et lui explique patiemment :
" Ben tu vois, être homophobe, c'est aussi débile que d'être raciste. Si demain je venais te dire que je ne t'aime pas parce que tu es noir, d'une, ce serait stupide, de deux, qu'est-ce que tu pourrais bien y faire ? Tu peux pas arrêter d'être noir, si ? Ben être homophobe, c'est pareil. C'est détester quelqu'un juste parce qu'il est comme il est, alors qu'il ne peut rien y changer, c'est débile. C'est pas aux gens différents de nous de changer pour nous faire plaisir, c'est à nous d'avoir l'intelligence de les accepter comme ils sont."
Jean-Gustave laisse échapper un "aaaaaaaahhhhhhh" pensif, et je puis quasiment entendre de poussifs rouages se mettre en branle dans son cerveau juque-là passablement rouillé, bon, après tout c'est un peu comme un diesel ou une photocopieuse. Faut le temps que ça chauffe.
Une manière plus radicale de lui faire entendre raison eût été de lui faire remarquer que son responsable, gay comme un pinson, ne goûterait que très modérément le sel de ses plaisanteries faisandées. J'ai jugé plus opportun de le laisser dans une douce ignorance. Parce que mon Jean-Gustave, ballot comme je le connais, même si son chef d'équipe est un pétillant quinquagénaire un peu précieux, féru de mode et fan de Liz Taylor, je suis certaine qu'il ne se doute de rien.
Comme quoi, les militants de SOS-Homophobie ont encore du pain sur la planche.
De la turpitude en milieu policier.
"La forêt a ses secrets, la forêt a ses mystères, et il faut être très patient pour se les découvrir."
C'est par cette charmante maxime, en sautillant de joie et en battant des cils, que la délicieuse enfançonne que je fus jadis accueillait gaiement la huit cent-cinquante-troisième lecture de l'immortelle "Caroline aux Indes", réclamée à cor et à cris à mes parents qui, bien qu'éreintés par le labeur et leur double vie d'acteurs de music-hall, j'ai nommé les non moins immortels Joséphine et Barnabé, ne rechignaient pas à la tâche. Cent fois sur le métier remettras ton ouvrage, disait-on en notre contrée, et bien plus de cent fois me contèrent-ils, faut-il qu'ils fussent exquis, la romanesque épopée de Caroline et de ses amis, les petits animaux qui parlent. De là à affirmer que les responsables originels de l'affaire des poussins dans les murs n'étaient autres que la sémillante Joséphine et le digne Barnabé, il n'y a qu'un pas, que je franchis allègrement, habitués que vous êtes, vous, mes trois lecteurs et demi, à ma propension à penser, à dire, à imaginer, et à écrire n'importe quoi.
Et avouez que c'est pour ça que vous revenez me lire.
Vous aimez ça.
Polissons.
Or donc la forêt a ses secrets, la forêt a ses mystères, certes, mais que dire de la vie de couple, et, le cas échéant, de la vie de couple avec un agent des forces de l'ordre ?
Eh bien ma foi, en un mot comme en cent et plutôt deux fois qu'une, je vous prie de croire qu'elle aussi, telle la forêt, recèle moult surprises, qu'il faut être bien patient pour se les découvrir, et qu'une fois qu'on se les a découvertes, lesdites surprises, il faut continuer à être bien patient.
Mais quand même, y a des fois, on rigole bien.
Jugez plutôt.
Sur une base régulière, mon nouvel amour me narre les aventures de ses collègues, une galerie de personnages pour le moins truculents. Tous ces joyeux drilles se côtoient en effet au quotidien, selon des horaires souvent atypiques. Il y a les valeureux, les obtus, les tire-au-flanc, les boit-sans-soif, les rigolos, les moralisateurs, de temps en temps une petite nouvelle de sexe féminin sur la vertu de laquelle certains indélicats prennent des paris... autant vous dire que vue de l'extérieur, cette faune bigarrée suscite bien des interrogations. Une certitude cependant, que j'ai acquise depuis un bon moment (depuis le début en fait) : tous ces types en bleu sont de sacrés chauds lapins.
Attention, je ne vous entretiens pas de banals vagabondages galants suivis de fanfaronnades honteusement amplifiées et déformées, que nenni mes petits fifrelins, nous tenons là un authentique vivier de serial-trousseurs, dont les régulières sont parfois hélas les dindons de la farce. Céans, je m'abstiendrai de tout jugement de valeur au sujet des tristes sires qui signent avec une mais trempent leur plume à l'insu desdites unes dans l'encrier d'une autre (voire de plusieurs), ainsi que de tout commentaire malséant concernant les bien piètres damoiselles qui mettent leur encrier à disposition de si couardes plumes.
Vous vous doutez cependant que je n'en pense pas moins.
Plût aux Dieux que leurs plumes se dissolvent en faisant "pschitt" pendant que l'encrier prendra feu, marquant ainsi les deux protagonistes de ce genre de douteux fabliaux à jamais du sceau de l'infamie, afin que les petits enfants puissent leur jeter des pierres et les nains leur péter au nez. Je reviens, je vais chercher quelques échelles, on sait jamais.
Bref.
Ceci étant dégoisé, la justice aveugle, peut-être sourde mais certainement pas muette m'impose de convenir que certains assument parfaitement leurs envies, leurs besoins, leurs désirs, leurs fantasmes, leurs tagada-pompon-les-plumettes, appelez ça comme vous voudrez, sans en faire mystère, au vu et au su de tout un chacun et sans poignarder quiconque dans le dos (pratique d'autant plus déplorable que la quiconque en question leur tourne bien souvent le dos pour enfourner leurs braies sales dans un lavoir qui n'en peut mais, force est de constater qu'en sus d'être des goujats ce sont de gros pourceaux - et vice-versa), ce qui me convient fort bien sur le principe.
Là où ça se gâte mais où quand même on se marre bien, c'est quand ces décidément fort surprenants gentilshommes se mettent en tête de convertir toute l'équipe à leurs pratiques, et tant qu'on y est, leurs éventuel(le)s conjoint(e)s, puisqu'après tout, c'est de notoriété publique, plus on est de folles, moins elle est molle, plus on est de fous, plus on prend son coup.
(mais qu'est-ce que je raconte ?)
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit (référence littéraire, une fois, deux fois, trois fois ? Incultes). Je dormais du sommeil du juste, attendant paisiblement le retour de mon chevalier, lequel se trouvait cette semaine-là accomplir des horaires harassants, le faisant terminer à cinq heures du matin. D'ordinaire, lorsque son emploi du temps nous contraint à semblable décalage, le cher homme prend bien soin de rentrer le plus silencieusement possible afin de ne point me réveiller. Cette fois-ci n'y fit pas exception, mais j'ai le sommeil léger et j'ouvris péniblement un œil pour le voir se glisser en notre couche, le regard furibond et le souffle ulcéré.
Allons bon, me dis-je, les gibiers de potence ont-ils été particulièrement outranciers cette nuit ? Car on aura beau dire ce que l'on voudra, il faut quand même avoir le cœur bien accroché certaines nuits où mon chevalier rentre en arborant des blessures dues à un pugilat, ou beaucoup plus tard que prévu après un coup de fil discret m'informant de ne pas m'inquiéter, "y a rien de grave ma chérie, mais je vais rentrer un peu plus tard, je dois te laisser, je suis aux urgences". Souvent le gibier de potence abuse de ses prérogatives, le malotru.
- Tout va bien mon chéri ?
- Oui oui t'inquiète, rendors-toi.
- Je sens bien qu'il y a un truc, allez, raconte-moi, c'était chaud cette nuit ?
- Non non pas du tout (se radoucissant un peu), mais les collègues m'ont vraiment gavé.
- Ah ? Comment ça ?
- Ben ils m'ont conseillé de t'emmener dans un club libertin qu'ils fréquentent.
- Un club libertin ?
- Ouais, bon, en fait c'est une boîte échangiste leur truc.
(comme c'est original.)
- Ah, une boîte échangiste ? Et ça s'appelle comment ce bel établissement ?
- Hum. (se déridant franchement) Le Club 69, du côté de Pigalle. Classe, non ?
- Ah oui quand même. Ça m'a tout l'air d'un endroit particulièrement raffiné. Et euh, par curiosité, t'as répondu quoi ?
- Ben je leur ai dit que j'avais pas tellement envie de prêter ma femme à un inconnu qui risquait d'avoir les mains sales et de lui baver dessus et puis que tu risquais de ne pas être tellement d'accord non plus pour m'échanger.
- Dans le mille, Sherlock. Et ils ont dit quoi ?
- Ben (début de sourire) ils m'ont dit qu'on n'était pas obligé d'échanger, qu'on pouvait se contenter de s'exhiber.
- Ah ben chouette. Et tu leur as dit quoi ?
- Que si on s'exhibait, ben... les gens allaient tous te voir toute nue, que j'avais pas tellement envie, et pis que de toute façon à mon humble avis ça te brancherait pas tellement non plus qu'on me voie tout nu.
- Encore un bon point pour toi. (bon garçon, tu vas finir par avoir une image si ça continue.) Et alors, ils ont dit quoi ?
- Ben (le sourire s'élargit) ils m'ont dit que si ça nous dérangeait qu'on nous voie, on pouvait toujours s'isoler, y a des petites alcôves faites pour.
Là, je suis complètement réveillée. J'ouvre les deux yeux, je me tourne vers lui et j'éclate de rire avant de retrouver ma contenance.
- Hum. L'idée si je comprends bien, c'est de s'envoyer en l'air tous les deux dans un endroit où personne peut nous voir ?
- C'est exactement ça.
- Dis-moi si je dis une connerie, mais... on pourrait peut-être rester à la maison, non ?
- Ouais, c'est pas mal comme idée. Je leur en parlerai.
Alors oui quand même, parfois, on se demande.
Mais comme on rigole bien, ben on cherche pas trop à obtenir une vraie réponse.
Vroum-vroum, et autres aventures oisiennes.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, et croyez-moi, vous, mes trois lecteurs et demi, j'en suis la première ébaubie, je dispose à présent d'un mari. Ou du moins de ce qui s'en approche le plus. Après toutes ces années d'atermoiements sentimentaux, de rage, de désespoir et de vieillesse pas nécessairement ennemie, mais bien plutôt gage de frasques inédites, mon chemin a croisé celui d'un énergumène qui, nonobstant mon caractère de hyène (l'odieux racontar que voilà), ma déplorable susceptibilité (qu'on pende par les yeux les sombres fifrelins qui osent colporter cette rumeur infondée) et ma légendaire mauvaise volonté à percevoir le monde tel qu'il est (un jour prochain, je vous relaterai sans nul doute la ténébreuse affaire des poussins dans les murs, dont le romanesque fait concurrence aux aventures échevelées de Joséphine et Barnabé ; je vous les conterai itou, patience et longueur de temps, mes amis), où en étais-je ? Ah oui, un énergumène donc, qui très tôt manifesta le désir de s'unir officiellement à moi.
Pesant soigneusement le pour et le contre, et après diverses interrogations telles que "l'outrecuidant en voudrait-il à ma fortune", "veut-il me châtier d'avoir lamentablement raté le blanc-manger mi-parti en m'infligeant une séance de paperasse", voire "mais alors toi, mon salaud, t'as vraiment peur de rien"... non, je galège, j'ai accepté tout de go, je lui ai sauté au cou en clamant "hosanna" (ben quoi, je pensais que ça m'arriverait jamais, je pensais même pas que j'en aurais envie un jour... t'as qu'à voir), et nous avons forniqué tels de lubriques pourceaux dans la soue à cochons de Belzébuth. Mais en plus sexy. Il fallait bien fêter ça, et c'est une raison comme une autre, en tous cas nettement plus valable que "je viens de faire l'acquisition de souliers neufs", "ciel, les Wisigoths sont à nos portes", ou "comme ça au moins j'aurai la paix". Quoique, les souliers neufs... bref.
Seconde surprise, ledit énergumène est aux antipodes des précédents. Moi qui pensais ne m'accorder qu'avec d'hirsutes machinistes, des musiciens tatoués et des cracheurs de feu en tous genres, me voici au firmament de la félicité aux côtés d'un grand sportif au crâne rasé. Pour achever le tableau, v'là-t-y pas, je vous le donne Émile, que l'heureux élu, non content de ressembler davantage au viril Grüdü qu'à l'élégant Willy Wonka, se trouve exercer une profession bien inattendue.
Flic.
Si-si.
Chevalier du guet, agent de la maréchaussée, sauveur de la veuve et de l'orphelin et grand empêcheur de délinquer en rond. Une alliance pour le moins mystérieuse. Le keuf et la saltimbanque, la carpe et le lapin, le jour et la nuit, le saucisson de sanglier et le tofu soyeux sont dans un bateau... et ma foi, il vogue fort bien. Malgré tempêtes, écueils, et autres bombardements de fiente de mouette, c'est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau, hisse et ho.
Nous voilà donc pacsés.
Et comme le PACS et le mariage, faudrait voir à pas me la faire, Mame Chabot, on va pas se mentir (insérez ici ce qui vous plaira, du tressaillement d'épaules compulsif au port de talonnettes éhonté... Qui a dit ça, QUI ?!?), c'est le même, mais en différent, tout un chacun désigne mon régulier par le surréaliste qualificatif "ton mari". "Ton mari est invité aussi bien sûr, d'ailleurs qu'est-ce qu'il fait dans la vie ton mari, ah ? Et, euh... vous vous entendez bien avec ton mari ?" A ton avis, espèce de butor, j'ai une tête à convoler avec le premier venu ? De toutes les manières, mon mari, mon pacsé, mon chéri, mon régulier, ma grosse loutre armoricaine, mon prince des ténèbres à poil dur, c'est le plus grand c'est le plus beau c'est le plus fort, il a toujours raison parce qu'il a jamais tort. Lorsque nous serons devenus une respectable matrone et un barbon chenu, nous ressemblerons sans doute à ça.
Corollaire, il ne faudra toujours pas nous contrarier, sinon ça va ch... ahem, nous risquons de faire un peu de grabuge.
D'ailleurs, en ce qui concerne le grabuge, Monsieur est connaisseur. J'en veux pour preuve une de nos toutes premières aventures. Au tout début de notre romance, après avoir soumis mon cher et tendre à la redoutable épreuve des présentations officielles à l'auteure de mes jours, que la Table Ronde et le siège périlleux c'est rien à côté, j'ai décidé de lui faire rencontrer mes plus proches compagnons de médiévalerie. A l'occasion d'un invitation à ripailler de concert en la demeure de mon délicieux petit camarade Igor, nous nous rendîmes gaiement, avec plaisir et quelques mets délicats, par-delà la frontière nordique de l'Ile de France, oui oui, là où l'on mange des hérissons et où l'on joue au billard avec des manches à balai et des testicules de bouc, à moins que ce ne soit l'inverse. Je ne sais plus.
Toute à ma joie et à mon profond respect du code de la route, arrivant à une intersection marquée par un stop, je m'arrête. Une œillade à gauche, personne, à droite, un attelage fort, fort lointain, fouette cocher, je m'engage paisiblement dans une zone 30. Lorsque soudain, enfer, damnation et vociférations fort peu orthodoxes, ledit attelage fort, fort lointain s'encadre fort, fort beaucoup trop vite et fort, fort beaucoup trop près dans mon pare-brise arrière. N'écoutant que ma panique et ma forte, forte envie de m'éloigner des tristes sires, au nombre de quatre ou cinq, occupant ce véhicule fort, fort plus gros que le mien, j'appuie violemment sur le champignon, avant de me raviser. On est en zone 30, que diantre, je n'ai pas à commettre d'infraction pour complaire à de douteux Fangios oisiens. Surtout quand on sait qui occupe la place du mort. Les Fangios susmentionnés, fort, fort mécontents d'avoir été arrêtés nets dans leur course, pensez donc, par une toute petite voiture du département d'à côté, qui plus est conduite par une gonzesse, tentent de me pousser à accélérer, ce que je me refuse à faire, que nenni, paltoquets, il me ferait beau voir. Ils entament donc une belle série de slaloms et de queues de poissons digne des meilleures poursuites de Derrick et Plus Belle la Vie réunies, je commence à n'en mener pas large. Ils sont cinq dans une grosse berline allemande, on est deux dont moi dans la sympathique petite voiture de ma mère, dont la carrure est à peu près aussi impressionnante que la mienne.
(la voiture, pas ma mère. Quoique. Bref. Je te demande à quoi elle ressemble ta mère ? On va jamais y arriver si tu m'interromps sans cesse.)
Et là, c'est le drame.
En lieu et place d'une adéquate petite courbure du dos accompagnée d'un marmonnement du genre "tas de freluquets"... mon nouvel aimé exhibe à la fenêtre de la voiture son air courroucé, son œil étincelant de colère et son attribut. Son insigne professionnel. Vous avez eu peur, hein ?
Ben vous peut-être pas, mais moi oui.
Parce qu'au lieu de s'éloigner à tombeau ouvert vers le prochain lieu de leurs méfaits, les cuistres redoublent de queues de poisson, en tonitruant de fort peu civile manière "Et en plus c'est un keuf, eh queeeuuunard eh pééééééédé, c'est ta femme qui cooooooonduit" Gloups, me dis-je. Tout ça commençait si bien, et c'est là qu'on va mourir. C'est trop injuste.
A ce moment précis, je me retrouve coincée derrière un camion.
Dans une zone 30.
Poursuivie par cinq marauds furieux dans une Audi.
Avec un agent des forces de l'ordre tout aussi furieux mais beaucoup plus tout seul.
Stress, panique, frayeur et sauve-qui-peut. Sauf que peux pas.
C'est le moment que choisit mon nouvel amour pour me demander en mariage.
Non, je déconne.
Il m'enjoint avec un calme olympien "surtout n'accélère pas, ma chérie, il ne faut pas qu'ils sentent que tu as peur." Je lui réponds tout en regrettant de ne connaître aucune prière "le voudrais-je mon amour que je ne pourrais pas TU VOIS BIEN QU'ON EST COINCE AU CUL D'UN CAMION BORDEL MAIS AUSSI ON PEUT SAVOIR CE QUI T'A PRIS NOM D'UNE BITE DE LEUR MONTRER TON INSIGNE" Oui, je concède, la peur me rend volontiers triviale. Les maroufles nous talonnent, appels de phares, klaxonnements hystériques, cris de guerre et promesses de mutilations et de perversions sexuelles assez peu variées au demeurant, je me demande comment tout ceci pourrait encore empirer.
Eh bien bonne nouvelle : ça peut.
Mon décidément bien fou-fou nouvel amour se penche, farfouille sous son siège et extirpe triomphalement l'antivol de la voiture. Vous vous souvenez, mes trois lecteurs et demi, de ces antivols à l'ancienne, les contondants artefacts qui ressemblaient à s'y méprendre à une canne de retraité, mais en beaucoup, beaucoup plus métallique et beaucoup, beaucoup plus agressif ? Ben voilà, ceux-là même. Il le brandit outrageusement en dardant un regard carnassier dans le rétroviseur, puis il me dit de sa voix la plus suave "alors surtout ma chérie, si je te dis de t'arrêter tu t'arrêtes, tu discutes pas, et après tu t'enfermes et tu appelles le 17".
Non mais ça va pas bien.
Ce type est un malade.
C'est manifestement à la même conclusion que sont arrivés nos poursuivants. Sans doute de peur de contracter la même maladie que lui, assortie de divers hématomes fort peu seyants, ils se sont tus et ont finalement pris la décision de bifurquer à gauche, quelque part entre Pont-Sainte-Ménehould et Verneuil-La-Gigotière. Comme on continuait tout droit vers Saint-Pompon-Lès-Macreuse, on ne les a jamais revus.
Et puis on a bien mangé et on s'est bien amusé, et après on est rentré à la maison en un seul morceau et puis on s'est pacsés.
Comme quoi.
Fruit défendu.
- Chilpéric, que vous évoque donc cette courge que vous vous en teniez le cœur ?
- Ermengarde, par la malepeste, vous n'êtes qu'une vile aguicheuse.
Horreur, malheur et putréfaction.
Une fois n'est pas coutume, me voilà bien désœuvrée, et je me surprends à batifoler de-ci de-là sur les territoires battus et rebattus des réseaux sociaux. Un mien ami, émigré pour de matrimoniales raisons dans des contrées slaves et enneigées, nous régale de clichés récents de l'hiver en Russie, grâce auxquels on s'aperçoit qu'avec nos vingt centimètres de neige, nous sommes vraiment des moins-que-rien, des pisse-pas-loin et des baise-menu.
Et en parlant de ça (voilà que mes transitions donnent dans le scabreux, ohohohohohhhhh on n'a rien trouvéééé d'mieux... on touche vraiment le fond lorsque par conditionnement amoureux, on a pour première référence rimailleuse de douteux troubadours de l'acabit de Soldat Louis), ma curiosité me pousse à aller consulter la liste des mots-clés ayant guidé de nouveaux visiteurs en mes terres.
Conclusion de l'affaire : non seulement la curiosité est un bien vilain défaut, ça on le savait déjà. Mais de surcroît, et même si on s'en doutait un peu voici la chose confirmée, elle mène également à de bien vilaines rencontres.
J'en veux pour preuve les requêtes pour le moins contestables que je livre ici à votre appréciation, attention, certaines sont bien incongrues, voire inconvenantes.
"Miss France en levrette", je vous demande un peu. C'est d'un goût. A chacun ses pratiques, à chacun son sexe, et les hirondelles seront bien gardées, peut-être même feront-elles le printemps. Levrettez, mes braves concitoyens, levrettez allègrement, vous ne vous en porterez que mieux, mais de grâce, de grâce, ne levrettez pas n'importe qui. Geneviève de Fontenay vous le rendra au centuple.
"Vieilles baisées", la requête est tout de même sujette à caution, et encore, je vous épargne l'orthographe du cybermalotru. Ceci étant dit, peut-être n'est-ce tout bonnement que le pendant (si j'ose dire) gérontophile du pignouf précédent. Geneviève, si tu nous entends...
"Vieilles moches et salopes", là c'en est trop. Certes, Geneviève n'est plus de première jeunesse, et tout un chacun doit bien confesser qu'il serait bien hasardeux de la ranger dans la catégorie canons. Mais de là à lui attribuer des noms d'oiseaux, là je dis stop, là je dis danger. Ou alors, choisissons-en au moins d'originaux. "Vieilles moches et colibris", "vieilles moches et becs croisés", "vieilles moches et outardes", là ça a de la gueule. Un peu de recherche, que diantre.
Dieux merci (oui, Dieux, avec un x, j'ai encore du mal à n'en choisir qu'un seul), ces odieuses requêtes sont largement contrebalancées par un très mignon "très jolie photo d'un petit bébé aux yeux bleus", il ne nous reste qu'à espérer que cette recherche-là n'est motivée que par le désir de gâtifier. Dans le cas contraire, je rappelle l'existence d'un certain nombre d'objets tranchants et contondants que je me ferai un plaisir de tester sur l'individu en question.
Les grossiers personnages sont toutefois beaucoup moins nombreux que le surprenant nombre d'internautes qui tapent dans leur moteur de recherche "sorcika" (objectons là le fait que je ne dois pas être la seule à user de ce charmant pseudonyme, mais nuançons en toute mauvaise foi que les autres Sorcika sont bien moins intéressantes que ma pomme). Encore plus surprenants, ceux qui vont jusqu'à chercher "blog sorcika cour des miracles", ceux-là font exprès de me chercher pour lire mes élucubrations. Faut-il être exquis.
A ceux-là (et à certains autres, mais pas tous, point trop n'en faut), je souhaite que l'année 2011 se place sous les meilleurs auspices (et non pas "hospices", ainsi qu'on le voit régulièrement, ça en revanche c'est pas terrible comme vœu de bonheur, surtout si on l'adresse à un aïeul), amour, bonheur, prospérité et sesterces à gogo. Que votre ombre reste fraîche, vos journées douces et vos nuits plaisantes, et n'oubliez pas que la vie, les trois quarts du temps... c'est ce qu'on en fait.
C'était un communiqué de la société française pour le libre-arbitre. Un jour prochain, je vous conterai les aventures dans lesquelles m'entraînent le nouveau Monsieur Sorcika et le petit Chat Potté, une bien fine équipe grâce à laquelle mes journées ne sont pas nécessairement plus douces, mais plus mouvementées, ça oui, sans aucun doute. Et s'il subsistait encore le moindre doute à ce sujet, je vous le confirme : c'est quand même bien ce qu'il me fallait.
A la demande générale...
Me revoici, me revoilà, turlututu et tagada.
Sonnez hautbois, résonnez psaltérions, je suis de retour. Un grand merci à ceux et celles dont les pas reviennent inlassablement par ici, Mélisende, Stupide Hobbit Joufflu, Luluberlu, je suis votre éternelle abonnée.
De l'eau a coulé sous les ponts-levis depuis mon dernier passage en ces lieux, mais me revoilà en mes pénates. Vous fûtes longtemps sans nouvelles, mes dévoués petits galopins et freluquettes, mais sachez que c'est fini, et bien fini. Je suis de retour, I am back in ze place, willkommen, bienvenue, welcooooooome...
Depuis le 19 janvier de l'an de grâce 2009, vous vous doutez certainement, perspicaces comme je vous connais, audacieux petits fifrelins, que moult et moult péripéties se sont produites, gaies et tristes, outrageuses et insipides, vindicatives, superfétatoires et rocambolesques. En vrac, dans le désordre et in a nutshell (oui, j'aime à parsemer mon verbe de petites touches d'anglois, ça vous pose un problème ?), séparation, déménagement (et oui... c'est la vie), re-rencontre, re-vie commune, re-déménagement, il n'est pas chose aisée d'insérer une cour des miracles dans tout ceci, et il y a des priorités, pour y voir clair, trier l'on doit - oui, j'ai déjà écrit ça, une livre de pipefarces au galanga à celui ou celle qui saura en exhumer le contexte.
Après avoir fourni deux années de bons et loyaux services à la savane, j'en ai consacré une supplémentaire à un justicier masqué flanqué de divers Hidalgos plus ou moins authentiques, et me voilà à nouveau libre comme l'air et prête pour de nouvelles aventures.
Dans un registre plus funeste, j'ai la tristesse de vous faire part de la disparition d'un des deux petits félins mentionnés dans l'affaire dite des "cacas mous". La pauvrette avait contracté une maladie incurable et sans symptôme, si bien qu'elle s'en est allée ad patres de façon inopinée et pour le moins brutale... paix à son âme. Gentille comme elle était, nul doute que Saint Félix lui aura réservé une écuelle de lait éternellement pleine au paradis des petits chats. Sa commère se porte à merveille, elle a élu domicile chez ma maman, où elle s'ébat gaiement dans le jardin avec divers compagnons aux oreilles pointues (mais non, pas des elfes, suivez un peu, merde, c'était bien la peine que je revienne, tiens). Quant à moi, je n'ai pas tenu bien longtemps avant de refaire l'acquisition d'une de ces petites saloperies de sacs à p..., hum, d'un adorable chaton tout en facéties et en ronronnements.
Voilà pour l'état-civil de la Cour des Miracles, je suis ravie de vous retrouver, et cette fois-ci...
Point ne m'en vais, c'est promis.


















